Six épisodes de 52 minutes
Avec L’Affaire Villemin,



Objet des rumeurs les plus folles, des versions contradictoires s’éloignant de plus en plus de la vérité du dossier au fil des années, le fait-divers bénéficie d’un récit très charpenté et d’une reconstitution infiniment soignée. Le scénario, signé Raoul Peck et Pascal Bonitzer, s’appuie sur Le Bûcher des innocents, l’enquête référence de Laurence Lacour, sur Le Seize Octobre, le livre témoignage du couple Villemin ainsi que sur les volumineux dossiers de procédure et les kilomètres de procès-verbaux, mémoire infaillible d’une instruction sinueuse. Au-delà des interprétations, nées de l’ignorance ou de la malveillance, justice est rendue aux faits.
Le téléfilm dissèque l’enchaînement des circonstances qui ont abouti à une succession de drames (la mort d’un enfant, retrouvé pieds et poings liés dans l’eau froide d’une rivière ; le meurtre d’un homme, tué par son cousin, ivre de colère et de douleur) et à un effroyable engrenage de dérives, où les intérêts des avocats entrent en collusion avec la concurrence féroce et sans scrupule à laquelle se livrent les organes de presse, transformés en clans défendant « leur » vérité sur l’affaire. La mère de Grégory sera broyée dans cette machine à fantasmes avant de bénéficier, des années plus tard, d’un non-lieu pour absence de charges.
La force des tragédies et la qualité des œuvres rares
L’Affaire Villemin fait aussi entrer le téléspectateur dans l’intimité d’une famille minée par les lettres et les appels à répétition du funeste « corbeau ». Emporté dans l’ouragan, le couple résiste avec la force d’un incroyable amour, malgré l’épreuve du deuil et de l’incarcération.
Cette auscultation de l’affaire et du comportement de chacun de ses intervenants a la force des tragédies et la qualité des œuvres rares. De même que Le Bûcher des innocents de Laurence Lacour a désormais droit de cité dans les écoles de gendarmes, de magistrats et de journalistes, L’Affaire Villemin ne devrait échapper à quiconque s’intéresse au sort de l’humain.
L’intensité dramatique du premier épisode est la garantie absolue de ne rater aucun des volets suivants. Certaines séquences dans le cabinet du premier juge d’instruction ou quelques dialogues entre journalistes et avocats pourraient laisser croire à de l’exagération. Elles ne sont, hélas, que le reflet exact d’une réalité dont le cinéaste a choisi de ne pas livrer les moments les plus caricaturaux.
Porté par une interprétation extraordinairement forte et juste (il faudrait citer l’ensemble des comédiens, de Francis Renaud et Armelle Deutsch dans le rôle de Jean-Marie et Christine Villemin (1), jusqu’à François Marthouret ou Arno Chevrier dans les personnages inspirés du juge Simon et de Jean Ker, le reporter de Paris-Match), le film de Raoul Peck impose sa nécessité. Au service de la justice et de la dignité.